Des nains d’Alsace à ceux de Picardie

janet-perryIl existe en Picardie  une légende  concernant les nains semblable à celle de ceux de Ferrette en Alsace. (1)

Ces nains vivent dans un lieu situé géographiquement : dans la version à une demi-lieue au sud de Ferrette, dans les rochers de l’Heidenflüe, dans un endroit nommé la Gorge-aux-loups ; en Picardie, à la Gorge-aux-Tritons, situé à une demi-lieue au nord de Fort-Mahon.

Ces lieux sont cependant difficilement accessibles : à Ferrette la gorge s’enfonce profondément dans la montage ; à Fort-Mahon « il fallait quelque vaillance, conjuguée à un sens aigu de l’orientation, pour s’enfoncer profondément entre les rochers qui menaient à cet endroit magique. »

Selon le récit alsacien, « ils avaient élu domicile dans d’innombrables petites chambres taillées à même le roc » ; nos nains picards « occupaient d’innombrables petites pièces taillées à même d’abruptes falaises immergées par les flots. »

Seul le récit alsacien précise  qu’ils vivaient par deux, hommes et femmes, dans une entente parfaite, et qu’ils n’avaient jamais d’enfants. Les deux textes mentionnent leur « éternelle jeunesse » depuis des temps immémoriaux. En Alsace, on vantait « l’agrément de leur personne  et surtout l’éclat particulier de leurs yeux, luisants comme des étoiles »  ; en Picardie, « leur gentillesse, leur simplicité -et surtout- l’éclat fulgurant de leur petits yeux rieurs ».

Les deux récits mentionnent leurs outils en métal précieux : en argent à Ferrette, « joliment travaillés » ; à Fort-Mahon ils sont en or ou en argent, « d’une beauté impénétrable » ; certains prétendaient qu’ils savaient façonner avec une rare dextérité leurs outils destinés à la pêche aussi bien qu’à la culture de leurs jardins sous-marins. »

Les nains picards répandaient leurs bienfaits de la même manière que leurs homologues alsaciens, ils aidaient les humains dans leurs travaux quotidiens, et, situés au bord de la mer, ils aidaient les pêcheurs : « pendant la saison où sévissaient les plus horribles tempêtes, ils ramenaient aux mareyeurs éberlués de pleins paniers de poissons, crustacés et coquillages. ». Ils faisaient l’objet de la gratitude de chacun, étaient honorés, « présidaient aux naissances et aux mariages. » Dans les deux régions, ils sont invités à toutes les fêtes, et les deux récits emploient quasiment les mêmes termes pour dire qu’on leur réservait les meilleures places, qu’on leur offrait les meilleurs morceaux et le vin le plus doux.

Tout ceci évoque un culte des morts qui prodiguent en retour aux vivants leur protection.

Les deux récits traduisent dans des termes quasi-identique l’intervention des nains au moment de la moisson : « Chaque année, à la saison des moissons, une nué grouillante sortait des minuscules cavernes de la Grotte-aux-tritons. Munis de leurs extraordinaires outils dotés d’une puissance magique, les nains s’alignaient avec les faucheurs. Et, en un rien de temps, le blé tombait dru sous le coup de leur faucille d’or et d’argent.

La suite du récit est identique : curiosité des villageois concernant ce que cachaient les longues robes des nains, expédition des jeunes filles dont le rire provoque le repli des nains au fond de leur grotte. Mais alors qu’en Alsace les donzelles se contentent d’observer la trace des pas de nains -des pieds de chèvres- leurs homologues de Picardie ont l’occasion de voir les nains retirer leurs robes et dévoiler des corps de triton -l’équivalent masculin des sirènes.

(1) Daniel Lacote, Contes et légendes des mers du monde

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s