La Rose d’argent de Sainte-Marie-aux mines et le conte chinois

Le conte de la Rose d’argent est attachée à Sainte-Marie-aux-mines, et nous transporte aux temps où les nains protégeaient les mineurs et les faisaient bénéficier de leur savoir-faire.Un jour un nain (le roi des nains, selon certaines versions) tombe éperdument amoureux de la fille d’un mineur qui refuse de le suivre dans son royaume, quelles que soient les richesses que le nain puisse lui offrir. De dépit, il se retire dans le monde de la mine et fait ébouler échafaudages et galeries. Depuis, il se raconte dans la contrée que maintenant les nains travaillent pour leur propre compte et que l’on peut entendre les bruits assourdis de leur labeur.

Or, malgré son accès de rage qui lui fit détruire la mine, le conte raconte aussi que le nain offrit à la jeune fille une rose d’argent, délicatement travaillée. La jeune fille la conserva et depuis elle appartient à ses descendants qui la conservent de génération en génération ; elle s’ouvre quand le bonheur comble la famille et se referme quand un malheur la menace.

On ne peut que relier ce conte à l’épisode de la désaffection des mines au 17ème siècle, après la période faste de la Renaissance. Les mines de Sainte-Marie connaitront d’autres tentatives de mises en exploitation, qui seront elles aussi délaissées du fait d’inondations et d’un manque de rentabilité du site. Mais au 16ème siècle, ce sont près de 3000 mineurs qui travaillent dans les mines, métier dangereux certes mais bien payé. Le monde de la mine est un monde à part, avec sa propre juridiction et une protection sociale assurée très tôt par une mutuelle. De nombreux mineurs venaient d’Allemagne, où ils avaient déjà acquis une expérience professionnelle appréciée.

La croyance aux nains était déjà enracinée dans la région, et c’est tout naturellement que les mineurs demandaient aux nains, créatures chthoniennes, de les protéger et de leur assurer la chance. Certes, la religion était très présente à tous les moments de la vie des mineurs, et des prières étaient dites pour le succès et la sécurité de tous avant la descente dans la mine. Mais on peut se demander si cette piété officielle ne cachait pas une offensive de l’Eglise pour détourner les mineurs de l’existence de convictions peu orthodoxes, ou, à tout moins, de les recouvrir pudiquement.

L’éboulement des mines peut apparaître alors comme la conséquence de cet abandon des anciennes croyances et pratiques, dans la nostalgie d’un monde où l’abondance régnait, où l’ascension sociale devait être ouverte aux plus chanceux qui avaient su amasser un petit capital… La mémoire collective oublie les drames et les déceptions et privilégie ce qui entretient le rêve. D’autres contes de la région évoquent également des nains bienveillants, actifs auxiliaires des humains dans leurs tâches agricoles et pastorales. Les humains les traitaient avec reconnaissance, mais ils eurent la sottise de se fâcher avec eux, et depuis les nains ont déserté leurs maisons. Certains contes de la région expriment l’espoir d’une réconciliation et d’un retour à l’ancienne harmonie entre les humains et les nains.

L’épisode du don de la rose d’argent, en revanche, apparaît discordant avec ce qui la précède, et sa signification reste mystérieuse. Un conte chinois nous donne peut-être un premier éclairage.

La Reine du lac Tung-Ting, paru dans le livre « Contes chinois » de mon enfance (Hachette, 1960) conte l’histoire d’un jeune lettré pauvre qui sauve un phoque lors de la traversée en jonque du lac Tung-Ting. Lors d’une traversée ultérieure, la jonque fait naufrage et  il échoue sur une rive face à une colline. Il se  trouve dans une contrée où les femmes règnent et arborent des tenues martiales ; les hommes ne semblent y être tolérés que sous la forme de jeunes serviteurs. Le jeune homme est cependant reconnu comme celui qui avait sauvé le phoque, qui n’était autre que la reine du lac. Celle-ci prend cet aspect lorsqu’elle remonte à la surface. La Reine lui propose sa fille en mariage,  qu’il accepte bien évidemment.

Quelques années après, se promenant avec sa femme sur le lac, il croise la jonque d’un ancien camarade, auquel il offre une perle. De retour dans son pays, ce camarade apprend que le héros du conte passe pour s’être noyé dans le naufrage et que sa famille a disparu. Le camarade garde la perle, « très belle et aussi lumineuse qu’une étoile » qu’il n’eut jamais le courage de vendre. « Elle resta donc dans la famille, passant d’une génération à l’autre. »

Nous retrouvons à nouveau la transmission à travers les générations d’un bijou, gardé par une famille, en  fin d’histoire, sans nécessité logique avec elle.

Or l’histoire de la Rose d’Argent apparait comme une inversion du conte chinois :

Un roi des nains / Une Reine

La montage, milieu terrestre et en hauteur/Le lac, milieu aquatique et en profondeur

le roi demande pour lui et se voit refuser sa demande en mariage/la Reine propose sa fille en mariage et voit sa demande acceptée.

Les deux histoires se terminent  par un épisode en apparence juxtaposé où le Roi/la Reine offre à quelqu’un qui restera extérieur à leur lignée, et même sans aucune possibilité d’alliance avec elle, un bijou, formé au coeur des entrailles de la terre/formé au coeur d’un milieu aquatique.

Quelle est la signification de ce bijou, transmis et conservé dans une autre lignée que celle du donateur, sans qu’aucune relation d’alliance n’apparaisse possible ?

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s